CÔTE D’IVOIRE / GENRE ET INCLUSION FINANCIÈRE - UNE ÉTUDE DIAGNOSTIQUE IDENTIFIE DES LEVIERS POUR LE RELÈVEMENT DE L’INCLUSION FINANCIÈRE DES FEMMES

Mar 05 août 2025Classé dans ArticlesVue(s) 1325 fois

L’Agence de Promotion de l’Inclusion Financière de Côte d’Ivoire (APIF CI) a organisée le jeudi 24 juillet 2025, à l’hôtel Mövenpick, à Abidjan-Plateau, l’atelier de restitution de l’étude diagnostique des normes sociales de genre.

Diligentée par l’entremise du Cabinet Genesis Analytics, l’étude visait comme objectif de mieux cerner l’influence des normes sociales de genre afin d’entreprendre des actions spécifiques visant à éliminer les obstacles à l’inclusion financière des femmes.

Présidé par Madame Marie Essoh LATTROH, Conseiller Technique, représentant Monsieur Adama COULIBALY, Ministre des Finances et du Budget, l’atelier a enregistré la présence de plus de soixante-dix participants issus de plusieurs secteurs d’activités concernés par la problématique de l’inclusion financière des femmes. Il s’agit notamment de régulateurs, d’acteurs de l’administration publique, de partenaires techniques et financiers, de représentants de banques, de microfinances, de structures d’assurances, d’émetteurs de monnaie électronique, de fintechs, d’ONG, d’organisations féminines, d’ONG et de structures d’appui à l’entreprenariat. 

La cérémonie d’ouverture de l’atelier a été marquée par plusieurs interventions. Monsieur Patrice BROU, Directeur par intérim de l’APIF a rappelé l’intérêt de l’étude qui traduit la volonté de mieux intégrer la dimension genre dans les politiques nationales d’inclusion financière. Monsieur Bertin AKROU, Coordonnateur Adjoint du Projet d'Amélioration de la Gouvernance pour la Délivrance des Services de base aux citoyens (PAGDS) a exprimé la volonté dudit projet à accompagner les initiatives en faveur de l’inclusion financière des femmes, justifiant son appui à la réalisation de l’étude. Intervenant au nom du cabinet Genesis Analytics, Madame Souleima Abdennebi, Responsable Stratégie des services financiers, a donné un aperçu des normes sociales restrictives pour les femmes et les insuffisances dans l’adaptation des offres des institutions financières. Madame LATTROH a ensuite prononcé le mot d’ouverture de l’atelier après avoir réaffirmé l’engagement constant du Gouvernement à œuvrer pour une meilleure inclusion financière des femmes. 

Au cours de l’atelier, le cabinet Genesis Analytics a présenté les conclusions de l’étude en abordant trois grands axes d'analyse.

Il s’agit en premier lieu, de l’état général des lieux du secteur financier ivoirien avec un pan particulier sur la situation de l’inclusion financière des femmes, en second lieu, du diagnostic des normes sociales de genre avec une double analyse selon l’offre et la demande et, en troisième lieu, de la proposition de recommandations et du recueil de contributions visant à surmonter les obstacles identifiés. 

Concernant l’état des lieux du secteur financier ivoirien, les consultants du cabinet Genesis ont passé sous leurs prismes d’analyses les différentes catégories d’institutions financières, leurs produits et services grand public et surtout, ceux spécifiquement dédiés aux femmes.

De cette analyse des offres de services existants, le cabinet souligne la prise en compte progressive de la cible femme dans la structuration des offres proposées par l’écosystème financier ivoirien.

Toutefois, en dépit des efforts consentis, il est notifié, une offre relativement incomplète et inadaptée aux besoins des femmes, et ce, malgré la pluralité de produits financiers disponibles.

En sus, bien que certaines institutions financières formelles manifestent un intérêt croissant pour le segment féminin, il est fait le constat, avec l’appui des chiffres du Global findex des années 2017 à 2024, que les offres financières issues des secteurs bancaires et assuranciels peinent encore à correspondre aux besoins financiers des femmes.

Sauf qu’à contrario, pour les services financiers digitaux ainsi que pour les services des structures mutualistes telles que les Associations de Valorisation de l’Entraide Communautaire (AVEC), il est notifié un engouement de la cible féminine.

Dans la continuité, du regard objectif porté par le cabinet Genesis, il est fait le constat que le secteur financier accroît progressivement, ses engagements et ses initiatives pour répondre efficacement à la demande grandissante du marché féminin par des leviers de stimulation car, une frange importante des femmes en Côte d’Ivoire s’avèrent être victime de normes sociales, culturelles, traditionnelles et psychologiques donc, obstruées dans le processus d’acceptation de leur autonomie et croissance financières.

« L’analyse comportementale des institutions financières révèle une approche réactive face à des besoins existants et, proactive face à de nouveaux marchés avec des partenaires. L’inclusion financière des femmes n’est pas encore ancrée comme un réflexe systématique dans les stratégies des institutions financières. Elle reste souvent opportuniste ou expérimentale, dépendante d’incitation externe plus qu’un engagement structurel », argue Genesis dans son rapport bientôt disponible.

D’ailleurs, pour renforcer et pérenniser cette dynamique, Genesis analytics suggère la recommandation « d’agir à plusieurs niveaux par des politiques publiques incitatives, le renforcement de capacités internes des institutions financières, le développement d’indicateurs genrés… ».

Du point de vue de la demande, autrement dit, de la perception des services financiers par les femmes elles-mêmes, en milieu urbain comme rural, il est exprimé, à la suite des entretiens qualitatifs, plusieurs attentes, besoins, contraintes et obstacles. 

Il s’agit entre autres, du sentiment de manque de crédibilité et d’accès aux institutions financières en raison de revenus irréguliers et jugés trop faibles pour supporter les taux d’intérêts imposés; du caractère informel,  de l’absence de documents d’identité et de documents fiscaux des activités tenues ; des difficultés d’appréhension, de la complexité et de l’opacité des processus d’ouverture de comptes, du manque d’un suivi personnalisé ; du faible niveau d’éducation financière, de la méconnaissance des fonctionnalités et de la non-autonomie dans l’usage des services financiers mobiles, des limitations et interdictions dérivant des influences culturelles, sociales et traditionnelles.

Malencontreusement, il convient de souligner que les facteurs cités ci-haut, se regroupent sous trois (3) normes sociales influençant de manière implicite les réflexions et les actions financières des femmes.

Premièrement, « les femmes ne devraient pas être autonomes financièrement ». C’est-à-dire que dans l’imaginaire des femmes interrogées, celles-ci ne devraient pas prendre de décisions financières de manière autonome. Les hommes devraient être les seuls pourvoyeurs du foyer. Elles ne devraient donc pas financièrement gagner plus que leurs maris.

Deuxièmement, « les femmes devraient prioriser leurs responsabilités familiales ». Cette phrase sous-entend que les femmes devraient restreindre leur mobilité et leur temps d’activité pour préserver l’équilibre familial, respecter et obéir à leur mari dans toute décision, y compris financière. Les femmes devraient donc donner la priorité à leurs familles plutôt qu’à leurs activités économiques. Elles devraient s’inscrire et rester dans des activités économiques informelles, plus compatibles donc, avec leurs responsabilités familiales et leurs rôles domestiques.

Troisièmement, « les femmes ne devraient pas hériter de la terre ou avoir des biens en leur nom ». Des limitations générationnelles ont réussi à imbriquer dans l’esprit des femmes qu’elles ne devraient pas posséder d’actifs fonciers, d’actifs productifs à fort rendement, de garanties à leur nom dans les systèmes officiels. Celles-ci ne devraient pas hériter des actifs familiaux, elles ne devraient pas en posséder.

Les analyses du cabinet Genesis stipulent que les normes sociales entravant l’inclusion financière des femmes influencent de manière systémique non seulement, les politiques et les législations, mais aussi, la conception des produits et le ciblage des femmes par les institutions financières.

C’est ainsi qu’à la suite logique de la stratification des normes sociales entravant l’inclusion financière des femmes, des recommandations ont été proposées tant par le cabinet Genesis que par les acteurs financiers présents. 

D’abord, les acteurs politiques et les régulateurs devraient davantage créer un cadre incitatif, législatif et normatif capable d’ancrer l’inclusion financière de la femme dans une transformation structurelle durable.

Ensuite, les fournisseurs de services financiers que sont les banques, les IMF, les assurances, les fintechs, les opérateurs d’argent mobile…, devraient encore plus jouer un rôle central dans la conception, la distribution et l’adaptation des services financiers à l’endroit des femmes exclues.

Enfin, les fonctions de soutien représentées par les structures de proximité, d'éducation financière, d’accompagnement social, de sensibilisation, de justice …, devraient permettre le renforcement des capacités et la confiance des femmes en elles-mêmes mais aussi au marché financier.

Autrement dit, les acteurs et les axes d’amélioration des conditions financières et de vies des femmes en Côte d’Ivoire devraient à tous les niveaux proposer, une régulation plus inclusive pour les femmes, commercialiser des offres plus adaptées aux réalités sociales pour contournées les barrières coutumières entravant l’autonomie financière des femmes par des sessions massives d’éducation financières, une proximité et un accompagnement particulier pour progressivement, transformer les barrières durement imbriquées en opportunité sociales et économiques.

L’étude diagnostique des normes sociales de genre en Côte d’Ivoire avait été lancée officiellement lors d’un atelier organisé le mardi 13 mai 2025 à la salle des fêtes du 20ème étage de l’immeuble SCIAM, Abidjan-Plateau. Elle bénéficie d’un financement de la Banque mondiale à travers le PAGDS. 

Liens presse :

RTI 1 / Rti.info ,

- Business 24 ,

- 7info .

 

 

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