Accélération de la digitalisation des paiements marchands : les acteurs africains se réunissent à Abidjan

Jeu 07 décembre 2023Classé dans ArticlesVue(s) 482 fois

A l’occasion de la 5ème édition du Next’Fintech Forum (NFF), le jeudi 16 novembre 2023, à Radisson Blue hôtel-Abidjan, l’Agence de Promotion de l’Inclusion Financière de Côte d’Ivoire (APIF CI) a participé à un panel sur la thématique : ‘‘ Développer un écosystème de paiement à la dimension des ambitions du commerce africain’’.

Modérés par M. Jean Pascal Mvondo, représentant régional de l’initiative onusienne Better Than Cash Alliance (BTCA), les échanges ont porté sur les enjeux structurels qui limitent la mise à l’échelle des activités des commerçants par la digitalisation des paiements aux niveaux national, régional et continental.

A l’ouverture du panel, M. Jean Pascal Mvondo a introduit son propos par la présentation du contexte économique marqué par l’émergence de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAF). C’est un marché de 1,4 milliards d’individus, et par conséquent une opportunité pour les marchands nationaux de démultiplier leur horizon de croissance à condition qu’ils soient bien accompagnés.

Citant la Côte d’Ivoire comme une référence en matière de paiements digitaux dans la sous-région, la problématique des obstacles à la vulgarisation des paiements digitaux marchands a été évoquée.

Réagissant sur ce sujet, Monsieur Patrice Brou, Directeur de l’APIF a mis en évidence l’expérience ivoirienne. Il en ressort la persistance de certaines barrières, notamment l’adéquation de la proposition de valeur des solutions proposées avec les attentes des marchands. Aussi, pour booster l’adoption des paiements digitaux par les marchands, il importe de considérer le triptyque composé du marchand, son client et son fournisseur. A titre d’illustration, l’adoption des paiements digitaux par le fournisseur du marchand peut réduire significativement les tensions de trésorerie survenant du côté du marchand lors des approvisionnement journaliers ou hebdomadaires auprès de son fournisseur. De même, le client devrait avoir un intérêt à effectuer ses transactions à partir de son portefeuille électronique et être en mesure d’avoir cette option à tout moment.

Face à ce défi d’ordre structurel, le secteur privé est invité à innover à travers des propositions de valeurs attrayantes aussi bien pour le marchand que ses clients et ses fournisseurs. Toutefois, M Brou a indiqué que l’Etat peut stimuler la proposition de valeur en mettant les conditions d’une compétition ouverte dans le secteur financier. C’est le cas de la Côte d’Ivoire qui compte à ce jour douze établissements émetteurs de monnaie électronique, synonyme de diversité d’acteurs et d’offres avec une évolution des terminaux de paiement aux QR code en passant par l’usage des Codes USSD.

L’ouverture du marché permet le développement d’une offre diversité de technologies d’acceptance des paiements digitaux par les marchands. Cependant, il importe de trouver des solutions en vue d’inciter les usagers à payer à partir de leur portefeuille électronique auprès des marchands. Madame Tatiana Yangoupandé, Conseiller Spécial Better Than Cash Alliance en réponse estime que le rôle que joue l’État est de prime abord, celui de facilitateur. L’État au niveau du cadre réglementaire permet la levée de barrières, crée des interactions et des synergies pour le développement des solutions innovantes de financement (Fintech) dans l’intérêt des populations. En outre, elle préconise l’option stratégique pour de l’Etat de prioriser la digitalisation de flux de paiements qui permettent d’alimenter les portefeuilles électroniques. En effet, dans la plupart des pays africains, l’Etat est le premier employeur avec les fonctionnaires ou contractuels qui sont en bonne partie les clients des marchands. La digitalisation des paiements des salaires de l’Etat est une solution pour alimenter régulièrement les wallets des usagers, ce qui est un pré-acquis majeur pour qu’ensuite ils envisagent de payer digitalement chez les marchands lorsque ceux-ci les acceptent.

Face à la prédominance du secteur informel, soit 70% des activités économiques en Côte d’Ivoire, Mme Aline Danon Directrice de l'Insertion et de la Promotion des Activités Commerciales au Ministère Commerce de l’Industrie et de la promotion des PME a présenté le projet « La carte de commerçant », comme une solution pour la stabilisation des commerçants. Cette carte représente non plus seulement une carte d’identification mais aussi un instrument de paiement qui a pour avantage de stimuler l’acceptation. La carte de commerçant traite aussi les questions inhérentes au niveau de formalisation des activités par une réponse aux barrières relatives au KYC. En tant qu’instrument de paiement la carte est adaptée à chaque profil et permet l’identification et la pérennité du commerçant. Issue de la politique nationale de développement du commerce, la Carte de Commerçant représente aussi, un enjeu capital pour la dynamisation de l’économie ivoirienne. En effet, la Côte d’Ivoire par la carte du commerçant, offre aux bénéficiaires, outre la garantie d’un statut formel, une protection sociale et un meilleur accès au financement.

Au niveau régional, Monsieur AKUE-KPAKPO, Directeur de l'Economie Numérique à la Commission de l'UEMOA a mis en exergue son engagement en faveur de l’innovation technologique à travers la mise en œuvre du Programme Régional de Développement de l’Économie Numérique (PRDEN). Le PRDEN dans sa formulation met non seulement l’accent sur la promotion et l’adoption de masse du numérique, mais aussi, dans son application, émet des lignes directrices pour renforcer la confiance des populations dans l’utilisation des instruments financiers numériques. « Dans notre espace sous régional, l’Administration publique est tenue de digitaliser tous ses services. Le citoyen a le droit de payer par le numérique pour les services administratifs. L’UEMOA, dans ses textes, émet des conditions favorables à l’accélération de la digitalisation des services publics de ses États membres et aussi, des mesures incitatives et bénéfiques pour les fournisseurs des services numériques sont adoptées », explique M. ABOSSÉ.

La zone UEMOA comptant, près d’une vingtaine d’EME avec divers modèles de tarifications. Le constat est qu’il est onéreux aux PME de passer aux paiements digitaux pour leurs affaires étant donné les prérequis à leur transformation digitale. A cet égard, Monsieur Mohammed DIAWARA, deuxième Vice-Président du Regroupement des Organisations des Professionnels des TIC (ROP-TIC) de l'UEMOA a mentionné que le secteur des fintech s’organise pour offrir des solutions intégrées à coûts raisonnables avec des services à caractère inclusif.

S’agissant du leadership de l’Etat concernant la stimulation des paiements marchands, le Directeur de l’APIF a mentionné que plusieurs initiatives ont été prises par les autorités ivoiriennes. Depuis juin 2019, la Côte d’Ivoire met en œuvre une Stratégie Nationale d’Inclusion Financière (SNIF) avec pour axe stratégique n °2, la promotion de la Finance Numérique. À travers cet axe, l’État de Côte d’Ivoire ambitionne entre autres, de développer une infrastructure d’acceptation commerciale, de fournir des produits et services de paiements numériques aux populations vulnérables et exclues du système financier formel et de dématérialiser les opérations financières de l’État.

« Pour y arriver, un cadre national et institutionnel de concertation sur la digitalisation des services financiers a été mis en place par la création d’un groupe de travail comprenant les acteurs des secteurs public et privé ainsi que la BCEAO. En outre, l’élaboration d’un guide d’orientation ainsi que d’un baromètre constituent des actions pour lever les barrières et promouvoir les paiements marchands.

Organisé du 16 au 17 novembre 2023, par l’Africa Fintech Forum (AFF), la cinquième édition du Next’Fintech Forum a été l’occasion pour des participants venus, de toute l’Afrique, mais aussi du reste du monde, d’interagir pour le développement de l’industrie de la Finance technologie (Fintech) en Afrique.

 

Source: BTCA

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